Appel à contributions pour un panel aux 3e rencontres des études africaines en France, Bordeaux, 30 juin-2 juillet 2014
 
« Interroger les moments de racialisation en situations coloniales au XXe siècle : discontinuités, réorientations, dissonances »
 
La littérature en histoire coloniale a souvent postulé que la colonisation avait agi comme un facteur global de la racialisation du social en Afrique, comme s'il y avait une continuité évidente entre les idées raciales des colonisateurs et le fonctionnement concret des sociétés coloniales. De même, on a parfois lu la question raciale dans les colonies dans une perspective linéaire, comme si à une phase de catégorisation et d'assignation identitaire après la conquête, avaient succédé une phase d'exacerbation de la différence raciale dans les années 1920-1930, puis une phase d'atténuation, de contestation ou de réappropriation par les populations colonisées sous le colonialisme tardif. Or, outre que la race n'a pas eu le même sens, ni donné lieu aux mêmes usages selon la colonie, le moment ou le type d'acteur considérés, la forte présence du paradigme racial dans les discours coloniaux ne suffit pas à rendre compte de la manière dont ce paradigme a effectivement agi comme un dispositif de pouvoir et de hiérarchisation dans les mondes colonisés.
 
En se focalisant sur les « moments de racialisation », cet atelier vise à questionner à partir de cas concrets et localisés l'historicité de la race en situations coloniales, pour montrer en quoi celle-ci s'est ancrée dans différents dispositifs de pouvoir, discours idéologiques et modalités opératoires, lesquels ne coïncidaient pas nécessairement les uns et avec les autres. La « racialisation », dans cette perspective, sera entendue comme un processus marqué par des négociations complexes entre différents acteurs mais aussi par des pratiques institutionnelles hétérogènes.
 
Il s'agira notamment d'interroger :
 
-       les moments de ruptures, d'euphémisation ou de réactivation qui ont marqué les politiques de la race, en lien avec les moments de contestation, de crise ou de renégociation des légitimités coloniales ;
 
-       les décalages entre différents acteurs de la colonisation, anthropologues, médecins, administrateurs, pour lesquels l'usage concret de la notion de race a pu répondre à des enjeux et des temporalités distincts ;
 
-       les manières diverses ou graduelles - notamment selon le lieu, le profil social ou le genre - dont, dans un même moment, l'injonction a la race a pu effectivement produire des subjectivités racialisées.
 
Les propositions, de 500 mots maximum, sont à envoyer à Elena Vezzadini (Université de Bergen/IMAf, elenavezz@gmail.com) et Vincent Bonnecase (CNRS/LAM, vincentbonnecase@yahoo.fr) avant le 24 février 2014.
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